Entre couleurs diaphanes et motifs tout juste évoqués, rien dans Eternal Ephemeral n’est sûr ni figé. Pour nous rappeler la lenteur du temps, Tara Kasenda s’en approprie l’écoulement dans le ciel de Paris. Kasenda regarde, ressent, capture, choisit, organise et interprète le ciel parisien dans ses fenêtres de paradis. Elle ne se contente pas de reproduire mais interprète, avec le regard et l’esprit des romantiques et des impressionnistes européens. Friedrich Schiller nous enseigne que nous retournerons à la nature et que cette nature, aujourd’hui et toujours, nous enveloppe dans une émotion sublime. L’artiste exprime le Paris éphémère, fruit de la pierre, du rythme et de l’art. Ces fenêtres de paradis s’adressent à l’âme et appellent à l’humilité, pour un moment de pause et d’évasion.

La transformation de l’espace de la galerie opérée par les huit peintures à l’huile sur toile met en évidence, dans une accélération du temps, les subtiles oscillations chromatiques du ciel. En dépit de leurs similitudes, ces images sont toutes différentes, comme l’eau de la rivière n’est jamais la même. Ces œuvres témoignent des préoccupations techniques et esthétiques que l’artiste explore depuis plusieurs années. Les compositions se démarquent par leurs teintes harmonieuses, une douceur qui nous fait oublier les ciels d’orage. Cette plongée dans des ciels contemplatifs, par une palette délicate et tranquille, rappelle Eugène Boudin. Elle offre différentes heures du jour où le calme et la stabilité se superposent au trouble expressif, empli de contrastes, de William Turner. Les peintures de Kasenda ne suivent pas la tradition de lignes gracieuses ou marquées mais se composent de taches qui construisent l’espace pictural à travers une combinaison de teintes douces. Un ensemble cohérent émane de l’imprécision qui caractérise la posture picturale de l’artiste dans les différents formats, en particulier par la construction des tableaux en fonction de la logique des couleurs. Ainsi, le flou qui caractérise son œuvre inonde la galerie de lumière et de paix.

Avec des cieux ouverts, trésors de temps, libérés de la prison de la routine, le travail de Tara Kasenda n’est pas sans rappeler les œuvres numériques d’aujourd’hui. Toutefois, ses tableaux invitent à tomber amoureux du monde et de l’art qui redécouvre ce monde.

Huit invitations à lever les yeux des fissures du béton, du stuc et du verre, suggèrent à celui qui regarde de redécouvrir le charme éternel de la vie et l’attente du lendemain, de l’après, de l’instant continu et prolongé, si mystérieux et captivant.

Eternal Ephermeral présente des images du ciel et du temps suspendu qui nous conduisent à rêver. Tandis que Jean Bretonnière chante Sous le ciel de Paris, Eternal Ephemeral invite à l’élévation au-dessus du paysage parisien, pour s’ouvrir à la magie et au sublime.

 
Filipa Cruz

Filipa Cruz
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